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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 13:12
Pandit Rasraj : raga



Essayons de faire bref pour ces dix derniers jours passés hors du Kutch pour tenter de voire un peu ce que peut être le Rajasthan… J’ajoute pour l’occasion quelques photos à suivre parallèlement au texte. Pour sûr ça valait la peine, histoire de ne pas oublier que l’Inde est un continent et que ce que je peux vivre à Panandro n’en représente qu’une infime fraction. Et histoire aussi de faire un petit rond dans le sable hors de ce qui est désormais ici mon cocon avec mes habitudes, le travail, et les gens qui me connaissent.

Donc bus pour Bhuj, puis bus avec couchettes pour Johdpur, la ville bleue à l’imposante citadelle de grès rouge. Et je met ainsi le pied au petit matin dan une autre inde que je ne connaissais pas : L’Inde touristique… Et je me rends compte que pour la première fois depuis le début de ce projet, je suis la route touristique. Même à Bora Bora, j’avais échappé au ciruit en atterrissant dans la cabane de pêche à Tonton Marcel. Mais là, j’ai innové. J’ai booké une chambre en suivant les conseils du grand Lonely Planet™. Et j’ai compris depuis ce jour pourquoi tout le monde dit qu’il est si simple de voyager, que l’on ne voyage jamais seul (ce que j’avais toujours fait jusqu’à présent) etc, etc…

Autorickshow direction la guest house, puis se débattre au beau milieu des cinq ou six personnes qui veulent chacun m’inviter dans la plus belle et la moins chère guest house de la ville. Il faut dire que nous sommes en saison creuse, les touristes sont plus rares, et comme un touriste peut lâcher en une semaine un an de salaire indien, chacun veut sa part du gâteau. Obligé de dire que je veux aller dans cette direction et que j’y vais seul…

Se poser à une terrasse, boire un excellent lassi (lait fermenté genre yaourt liquide aromatisé avec jus de canne pressée et safran ou divers parfums) et réfléchir un peu à la suite vu que je n’ai pas de plan et que tout à coup, après avoir travaillé dur, je me retrouve sans rien faire. Le temps de rencontrer deux français, un couvert de dread locks, l’autre normal (blague) qui viennent de parcourir l’Europe de l’Est, le transsibérien, la Mongolie, la Chine, Le tibet, le Sichuan, le vietnam-Laos-Cambodge-Thailande et maintenant l’Inde… Ca commence bien, on décide de se retrouver pour dîner et ensuite je monte seul au sommet de la forteresse. Je ne sais pourquoi j’ai cette vieille lubie désormais, chaque fois que j’arrive quelque part je commence par grimper au sommet et par en faire le tour, comme si cela allait me permettre de me familiariser avec les lieux, je ne sais pas, ça devient une idée fixe.

Et là je vais m’attarder un peu, en m’excusant d’avance auprès de mes trois compagnons de soirée s’ils me lisent un jour, mais je ne leur souhaite pas. Avec ma chance de débutant voyageur, je suis tombé sur les trois plus gros beaufs qu’il m’ait été donné de rencontrer depuis bien longtemps. Depuis le temps que j’affirme que les dread locks ne sont pas la garantie de trouver des gens cools et détendus. Bref entre autre ils ont une chambre pas cher qui ressemble à un couloir, d’où la réflexion, tous fiers, « on est tellement roots que même en Inde on arrive à être des SDF », bravo, c’est sûr que pour dire ça dans un pays qui compte des millions de familles dormant sur le trottoir avec les chiens et vivant du ramassage des cartons et plastiques dans des sacs de jute, il faut avoir des couilles. D’autant qu’en touchant les assedics en France, le même gars vit ici comme un pacha avec deux restos par jour dans un pays où même la Beuh n’est pas chère. Aucun respect pour les indiens, je n’ai jamais vu ça, je ne croyais pas ce que j’entendais. C’était le jour de la célébration de la divinité féminine. On croise des mères et grand mères en train de chanter des chants religieux, d’où la réflexion bienvenue « c’est la fête des femmes aujourd’hui, on va vous faire votre fête »… Bien, en fait j’étais tellement surpris que j’attendais simplement la suite sans trop savoir ce qu’il pouvait arriver de pire. J’ai eu droit aux plaintes contre les pizzas trop chères, les véhicules qui ne font pas gaffe aux piétons, puis à la bouffe indienne qui est trop grasse dans ce resto. Chose incompréhensible pour n’importe quel indien, ces types mangent sans se laver les mains, indifféremment main gauche ou droite (la gauche étant d’ordinaire réservée à la toilette), parlent haut et fort… Et après trois mois en Inde me demandent si j’ai une technique pour enlever le papier d’aluminium qu’il y a sur les « sweets » - en fait de papier d’alu, une feuille d’argent de quelques microns qui permet de se saisir de la friandise sans avoir les doigts collants et qui se consomme avec, l’argent étant porte bonheur et signe d’opulence en plus de son caractère sacré-. Après ce merveilleux repas (où l’on a payé double, mais je n’ai rien dit tant je ne pouvais en vouloir aux serveurs), je laissais là mes nouveaux compagnons qui devaient aller compléter leur magnifique carnet de voyage, avec cette conclusion éloquente : « La plupart du temps on est tellement défoncés que l’on ne se souvient plus de rien et donc on a rien à mettre dedans ». Magnifique est le mot… Je me suis assis sur le toit terrasse, je ne comprenais pas trop ce qu’il m’arrivait, en me repassant ces phrases sheakspeariennes en tête. J’essayais de comprendre comment des types qui se faisaient chier à mourir en France pouvaient parcourir 40000 km sur trois continents pour toujours se faire chier autant. J’en arrivais à la conclusion qu’en voyageant à plusieurs (trois en l’occurrence) on peut très bien se contenter de la bêtise de ses compagnons de route comme espace de découverte et être le même con partout, dans le sud ou l’Est de la France comme en Russie, en Chine ou en Inde. Je regrettais alors d’avoir été tellement surpris que je n’ai pas eu la présence d’esprit de leur dire tout le bien que je pensais d’eux, mais en fait il m’a fallut ce jour là deux heures de méditation sur le toit terrasse pour comprendre ce qu’il venait de m’arriver, et pour en arriver à la conclusion que le fun et l’aventure, n’en déplaisent à mes charmants compagnons, ne peuvent se vivre au détriment des gens qui nous invitent chez eux.

J’avoue que pour un premier contact dans le monde des routards et des lieux touristiques j’ai fait fort, une sorte de vaccination en quelque sorte, mais hard… Et je commençais à me dire qu’il fallait définitivement que je fuie au maximum les contacts humains à l’avenir. L’univers des guest houses est assez incroyables, que des touristes blancs qui y mangent une bouffe pas vraiment indienne et qui se racontent réciproquement leurs expériences les yeux rêveurs et se conseillent réciproquement les mêmes itinéraires. Effectivement, une fois glissé l’orteil, on peut ne pas voyager seul et se laisser guider très facilement par ces conseils. J’avais plus de chance au second tirage, en rencontrant un Suédois sympa et intéressant qui faisait un mois d’Inde après l’Indonésie et qui comme moi avait bien besoin de partager ses impressions de ce pays incroyable pour faire un peu le tri. De l’avis de tous, l’Inde est un peu à part et la réalité quotidienne d’ici pose pas mal de problèmes à certains pour être acceptée en tant que telle. Je n’ai pas eu trop de difficulté, mais je dois admettre qu’après près de deux mois d’immersion dans ce quotidien, ça faisait du bien de se poser un peu pour faire un petit bilan. Le lendemain, rencontre avec un argentin sympa pour quelques partage d’impressions, puis de deux vidéastes qui sont là pour faire un reportage sur l’Inde mystique. Comme ils se racontent leurs heures de méditation et les états de béatitude qu’ils parviennent à atteindre, je ne m’incruste pas, de toute façon ils ne sont pas trop disposés à échanger avec ces cons de touriste qui sont là pour le tourisme. Après ma première expérience, je ne peux pas trop leur en vouloir. Tout ça pour dire que : Oui, les clichés ne sont pas le fruit du hasard et se vérifient sur place. Oui, voyager est une chance, ça fait un bien fou et l’on peut y rencontrer des gens formidables, indiens ou étranger, plus encore si l’on voyage seul ; Non ça ne suffit pas à rendre les gens bons et humanistes ; Oui la proportion de cons rencontrés sur les routes d’Inde doit avoisiner la proportion qu’il y a de cons en France ou ailleurs parmi les gens qui rêvent de visiter l’Inde… Ils ne sont manifestement pas filtrés à la frontière.

La ville de Johdpur en elle-même, magnifique. Touristique mais c’est tellement dilué que c’en est imperceptible sorti du minuscule quartier des guest houses et de la tour de l’horloge. La vieille ville est un marché indien permanent avec tout se qui s’achète et se vend. Les maisons bleues lui donnent l’air étrange d’appartenir à on ne sait quelle légende ou mythologie, et la vocation populaire de ces quartiers de la vieille ville nous plongent en immersion totale dans la vie normale des familles indiennes ordinaires, soit tout ce qui fait que ce pays est si différent de ce que l’on peut connaître en Europe. Je m’en remets pour ça a des descriptions éclairées que vous avez pu lire ou bien aux documentaires divers et variés qui en donnent un très bon aperçu, ce n’est pas vraiment descriptible, le mieux est d’y être et de sentir ce quotidien, mélange d’odeurs délicieuses ou bien d’égouts, de rues crasseuses où se croisent de magnifiques indiennes aux saris impeccables et colorés, d’enfants qui viennent pour mendier ou pour discuter ou m’offrir une fleur sans raison particulière autre que trouver un prétexte pour discuter un peu. Et toujours cette grande curiosité dès qu’il y a cinq minutes de libres pour raconter un peu plus ou se marrer un bon coup car les indiens ont beaucoup d’humour, tout heureux de découvrir, surtout pour les plus jeunes, que je suis quelqu’un de normal… Effectivement, tout seul ça permet ce genre de contacts, souvent brefs, sincères et amicaux avec un vendeur, un gardien de musée, une bande de gamins, un père de famille en vacance, tous se demandant qui est ce grand blanc avec une tête sympathique (j’espère !) qui mange à l’indienne et esquive les vendeurs avec humour (j’essaie !). Un tour au fort et à l’immense collection du musée intérieur d’objets datant des derniers Maharajas. Magnifiques, le palais, le harem pour 300 femmes (rêveur…),  les armes forgées et incrustées d’or, les salles peintes d’or, le faste et les milliers d’heures à sculpter des dentelles de pierre pour masquer ces dames à la vue de tous ou presque… Et les murailles impressionnantes surplombant la ville, qui ne sont jamais tombées après de nombreux sièges. Murailles d’où passé le milieu d’après midi, on entend la clameur religieuse s’élever de la ville bleue, mosquées d’abord puis temples hindous qui jusque tard le soir vont diffuser par haut parleur des chants et incantations sans interruption.  Avouons qu’il y a dans ces incantations en langue inconnue un fort message mystique pour celui qui comme moi n’en saisit pas le sens mais uniquement la ferveur religieuse, perché quelques centaines de mètres au dessus du vide. L’occasion de rêver un peu, d’adresser une petite pensée aux personnes qui sont loin et un petit remerciement à sa bonne étoile qu’il ne faut jamais oublier au passage. Lendemain, visite du mausolé de marbre blanc, le Taj Mahal local, encore un magnifique et laborieux travail de pierre à voir en photos.

Le temps d’un dernier lassi, de rencontrer un gars de Jaisalmer. Sachant qu’il veut me vendre quelque chose, je lui dis que je suis en route pour Udaipur, et la discussion reste très amicale. Je ne le sais pas encore, mais demain, les aléas du voyage me conduiront dans son hôtel à Jaisalmer, ce qui sera l’occasion d’une bonne rigolade, encore une, j’aime ces surprises.

Jaisalmer donc, la cité du désert. Suivant les conseils unanimes, j’ai fait ce que je n’aurais jamais cru… Un safari à dos de chameaux. Je m’étais juré, mais bon, tous me l’ont conseillé. Et en fait, dans ma petite tête romanesque, je venais ici pour voir le désert. Or, il est quasi impossible d’y aller hors dune à touriste (Sam) sans safari. Il sentait bien un peu le bricolage et les bouts de ficelle ce safari pour le prix proposé (pas cher en euros, c’est sûr), mais bon après tout le gars enthousiaste et il mettait tellement de bonne volonté pour que l’on se régale que ça ne pouvait être que sympa.

Me voilà donc embarqué vers Cuhry avec deux charmantes étudiantes belge et espagnole en échange à Bengalore elles aussi inscrites pour ces deux jours. Vu que je ne m’attendais pas à la grande aventure style Lawrence d’Arabie, j’en garde un super souvenir, hormis la visite un peu malsaine des deux premiers villages très pauvres qui faisait un peu visite de zoo et où je n’ai pu que m’assoire et attendre le départ tant j’étais mal à l’aise. Ensuite la ballade dans le désert est magnifique, on prend le temps dans les dunes pour improviser un béret (pour ceux qui se souviennent quand ils étaient gamins) au coucher du soleil, avec les enfants d’un village voisin qui nous ont rejoints par curiosité. Bonne rigolade, ça devient déjà plus naturel. Le retour de nuit sans lune et dans le silence du désert est superbe, personne ne parle. La soirée est un peu bancale, les deux filles sont plutôt mignonnes et incroyablement innocentes, pour elles, elles ont plein d’amis en Inde et sont juste « amicales ».  Elles correspondent exactement au phantasme de 95 % des indiens mâles en ce début de 3e millénaire. Donc les trois organisateurs 20-30 ans qui sont là sortent la bière et le rhum et nous poussent à la consommation. Au début je me dis, tiens, ils veulent qu’on se couche tôt pour être peinards. Assez vite, il est manifeste que deux d’entre eux aimeraient bien conclure avec ces deux charmantes demoiselles en me surveillant du coin de l’œil pour voir si je tiens le coup à la bière. Ayant un peu senti venir le coup, je faisais gaffe à ne pas abuser (et puis, tout de même, il n’y a pas si longtemps j’avais encore de l’entraînement) tout en incitant les filles à la modération et en finissant un verre ou deux. Puis le temps passe et sentant qu’ils sont un peu trop tactiles mais qu’elles ne savent pas trop comment leur dire, je prends le prétexte de m’énerver un bon coup en français (qu’elles comprennent) pour leur expliquer qu’elles sont comme des connes perdues en plein désert et que sans le vouloir elles se sont promenees toute la journee dans leur petit haut moulant et sans prendre aucune distance dans un pays où les femmes des villages sont encore quasi intégralement voilées. Elles ont bien compris la situation et me remercient au passage d’être là et de le montrer. Eux aussi ont bien compris du coup la situation, c’était un peu le but, ils se font une raison et tout le monde dort assez vite. Cela me rassure pas mal car de toute façon, moi aussi je suis un peu comme un con perdu en plein désert sur ce coup si cela devient désagréable. Je pense qu'elles ont compris que, a la difference de Bengalore ou elles ont passe quatre mois et qui est une ville tres moderne, il est preferable de ne pas se comporter ici dans cette partie de desert a 15 km du Pakistan comme à Madrid ou sur la Costa brava, cela meme si nombre de touristes ne s'en soucient pas. Ici par exemple tout le monde consomme de l’Opium, si je ne suis pas là, qu’est ce qui les empêche de leur servir un jus de fruit aux épices du désert et de dire ensuite qu’elles étaient consentantes. Je dois dire que j’étais assez remonté et je me permet de décourager les jeunes filles d’aller jouer les madones seules en plein désert, au Rajasthan ou ailleurs, plus encore si elles trouvent qu’elles ont plein d’amis partout où elles passent. Ou bien faites vous accompagner et suivez a la trace le lonely Planettm avec les classiques touristiques.

Bref, ça n’empêche pas de passer de très bons moments et de garder les bons souvenirs, aller marcher deux heures, seul dans les dunes et avant le lever du soleil. Rêver un peu, c’était le but de ma venue, découvrir un autre univers où l’homme n’a pas sa place et voir ce qu’il y a à ressentir. De même qu’en mer ou en montagne, je voulais ressentir un peu de cette magie qui fait de chaque être vivant un élément un peu anachronique dans ce décor. La beauté du lieu est époustouflante, les sensations sont fortes, c’est une brève découverte, la prochaine fois ce ne sera pas dans le cadre d’un safari touristique, mais ça valait la peine. Je garde un bon souvenir de mon jeune camel driver, qui du haut de ses douze ans et des nombreuses responsabilités qui lui sont tombées dessus dans sa famille nombreuse en sait plus sur la vie que bien des étudiants que j’ai pu croiser entre 20 – 25 ans. Il a la chance d’aller encore à l’école et parle pratiquement couramment anglais avant même d’en commencer un véritable apprentissage. Capable de jouer comme un gamin dans les dunes quand c’est le temps de la pause, comme de prendre son assurance de vieux roublard du désert quand on se remet en route. Je me souviens du regard attendri (et des pourboires) qu’avaient pour moi les touristes en bord de mer, quand du haut de mes 12-13 ans je les recevais dans le petit magasin d’en bas à Sion, pour leur louer et réparer les vélos. C’est le même regard respectueux que j’ai pour ce petit homme dont le châle, attribut des hommes du désert, est hors de prix et n’est encore qu’une serviette de bain, mais qui rayonne d’intelligence et de débrouillardise. Un peu l’impression qu’il ne pourra jamais rien lui arriver d’insurmontable. En tout cas je le lui souhaite, c’est assez rare d’être à ce point impressionné par quelqu’un de si jeune. Ce sont les bonnes rencontres, toujours possibles, de même que le propriétaire des chameaux qui vient avec nous le second jour, il n’est pas businessman et parfois je ne sais comment l’expliquer, mais avec les gens plus « simples » ou « villageois », après quelques paroles échangées une sorte de respect mutuel peut s’installer, qui fait que l’on apprécie tous les deux la rencontre et qu’il est fier d’avoir une photo seul avec moi. Moi aussi, je suis un peu fier… d’être un peu plus qu’un simple touriste à la con à ses yeux.

Puis retour à Jaisalmer pour faire la visite de la ville. Les prix sont élevés mais ils ont aussi un choix varié pour plaire à tous les touristes, de plus je suis au courant des ordres de grandeur, ça aide, c’est donc l’occasion de faire un peu de shopping et de rencontrer du monde… C'est-à-dire des hommes. De l’avis de tous, plus de 90% de l’activité de la ville est induite par le tourisme. De mon propre avis, la seconde chose qui fait tourner la ville est le cul des touristes étrangères, finalement un peu comme chez les saisonniers des stations balnéaires françaises... C’est  impressionnant, en deux jours j’ai rencontré 6 ou 7 locaux avec qui j’ai passé vraiment du temps à discuter et invariablement, ils finissent par me demander ce qui est la grande question ici : que doit on dire ou faire pour séduire une étrangère. Tous en rêvent et la plupart avouent sans difficulté n’avoir jamais réussi à conclure. Mettez vous dans le contexte, les femmes indiennes, très belles, je l’ai déjà dit, sont ou trop protégées par leur entourage ou bien souvent assez prudes (de l’avis des locaux, je ne prendrais pas le risque de me faire mon propre opinion). Par ailleurs, la femme blonde est le gros fantasme des indiens, et chaque jour l’encart de gauche en une dans le plus lu des newspaper est réservé à la photo d’une actrice d’Hollywood, A. Jolie, M. Carey, N. Kidman… C’est pour dire. Ici à Jaisalmer, chaque jour, des centaines de touristes aux formes moulées de petits débardeurs et aux jupes légères débarquent la bouche en cœur pour découvrir l’Inde profonde (et non pas le contraire)… Et bien souvent, les histoires ne manquent pas, dans leur quête d’absolu dans ce décor des mille et une nuit ou en pleine recherche spirituelle, se laissent tenter par des aventures courtes et intenses avec plus ou moins les premiers venus, j’ai vu ça dans la guest house de Johdpur… La magie de l’inde, « everything’s possible in India ». De même que pour les devises, chaque habitant, surtout les jeunes, veulent leur part du gâteau. Alors chacun me raconte son histoire. « Une fois, je discute avec une touriste japonaise, l’invite à dîner, lui offre un verre, lui dit qu’il y a un peu trop de monde autour et que l’on pourrait trouver un lieu plus intime etc… Et là elle me dit non… » Que dois je faire ? Ou bien encore, « on était en safari, et là elle m’a dit qu’elle pourrait tout quitter et venir vivre ici… Et à la fin elle ne veut même pas m’embrasser »… Authentique. J’ai dit que les indiens ont de l’humour, alors pour le coup on se marre bien et on chambre pas mal. En fait ils sont un peu perturbé (comme au cours de mon propre safari, mais là, ça tournait moyen à mon goût) par le fait que naturellement et en toute amitié, une touriste puisse manifester cinq fois plus d’attention qu’une indienne qui viendrait faire une demande en mariage… Alors à la fin la déception est grande. Ils en rigolent et espèrent toujours, avec raison on peut dire. Je leur souhaite bonne chance et leur dit que les filles sont sensibles et que simplement en discutant, s’ils pensent déjà sexe, elles vont s’enfuir, qu’il vaudrait mieux qu’ils aient simplement en tête l’envie de leur donner du plaisir, ça marchera certainement mieux. Un conseil à la con comme un autre quoi, mais au moins j’ose espérer que celui-ci ne portera pas préjudice aux cars de touristes féminines qui viennent chercher des sensations fortes au Rajasthan. Un jeune bijoutier était ravi du conseil… S’il savait comme je suis moi-même piètre séducteur. S’il y a bien un sujet universel dont on peut parler des heures, c’est celui-ci. Et j’ai bien l’impression qu’en Inde plus qu’ailleurs, le décalage est grand entre les histoires d’amour merveilleuses bollywoodiennes et la société qui ne les permet pas vraiment. Donc la touriste ici alimente tous les fantasmes de la fille légère et accessible, attire l’œil peu soucieux de discrétion (c’est assez marrant) de la population masculine et la haine, peu soucieuse de discrétion, de la population féminine. Mais pour celles qui voudraient voyager en free lance et tranquilles un minimum de pudeur et de distance s’impose. C’est le minimum, comme je le disais à mes colocataires de safari, il y a une grande différence entre vouloir venir voir comment vivent les indiens et vouloir leur montrer comment on vit à Madrid. Par exemple les fringues indiennes, style rue de l’aiguillerie à Montpellier, qu’affectionnent les touristes (mais qu’aucun indien ne porte, ici c’est seulement pantalon chemise) sont somme toute un bon compromis pas trop moulant et assez roots pour se sentir roots. En tout cas, que de rigolade avec tous ces séducteurs souvent un peu déçus mais pleins d’espoir, avec entre temps un petit tour au fort et aux magnifiques temples jains vieux de plus de 600 ans que vous verrez dans l’album photos.

Enfin, retour vers Bhuj et le boulot, 22h de vieux bus poussif. Pas de touristes sur la ligne Jaisalmer – Bhuj, seulement des travailleurs Rajputs un peu tristes de quitter leur famille pour six mois et qui se rendent au Gujarat où ils ont un job… Parmi eux un groupe de jeunes qui chantaient à plusieurs voix les tubes du moment pendant des heures en percussionnant les sièges déjà fatigués du véhicule. C’était prenant, en traversant cette partie accidentée du désert du Thar vers le sud. Un peu plus près de la réalité locale et un peu plus près de ces gens qui sont si amicaux, curieux et accueillant dès qu’il n’est plus question de business, un peu comme dans un vieux bus.

Le retour en France sera dur, je le sais déjà, que répondrais je à ces gens qui ne manqueront pas de me bassiner avec leurs petits problèmes sans intérêts, leur programme télé de merde et la France qui va mal car il y a trop d’étrangers, tout en préparant leur fabuleux voyage de rêve vers Jaisalmer, ou les grandes pyramides, ou mes couilles.

Peut être que vu la hot saison, je leur conseillerai des tenues courtes et moulantes pour ces dames tout en ventant l’hospitalité locale et l’ardeur des magnifiques guerriers Rajputs, ça leur fera de l’aventure et des souvenirs d’exception tout en permettant à mon pote bijoutier de continuer l’entraînement. Si on peut rendre les gens heureux…

A bientôt

 

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Published by tiwen - dans Inde
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